De l’écriture comme base professionnelle

Je ne sais pas trop à quel moment, à quel instant précis, je me suis dit que ce que je pouvais écrire avec mes dix doigts sur un clavier pouvait valoir quoi que ce soit ? A l’adolescence, cet âge où on ne se rend pas encore compte que nos ambitions ne seront pas forcément de l’ordre du réalisable ? Plus tard, quand ce que j’écrivais est devenu assez correct pour être publié dans un journal local ? Finalement, ce goût que j’ai pour l’écriture, cette envie de m’exprimer avant tout par les mots, est assez peu compatible avec mon complexe de l’imposteur, non ?

Et pourtant j’écris.

De la fiction parfois (pas dans le journal, je vous rassure, dans le journal, tout ce que j’écris est vrai). La vérité, souvent. Est-ce là mon talent ? Raconter de la façon la plus claire et la plus vraie possible la vie extraordinaire des gens ordinaires ? Cette expression peut paraitre exagérée. Grandiloquente même. Moi je l’aime bien. Les gens « ordinaires » ont tellement plus de choses à nous apprendre…

Quand je parle de mon métier, les gens s’arrêtent souvent plus sur les interviews que j’ai pu faire de célébrités, quand j’étais stagiaire à Kinorama, au journal aussi. J’ai parfois du mal à leur expliquer que ce n’est pas ça que j’ai préféré dans ma petite carrière.

Ce que j’aime ? Me lever très tôt pour aller rencontrer des agriculteurs qui s’apprêtent à bloquer une laiterie pour faire entendre leurs revendications, me coucher tard parce que j’ai passé la soirée à écouter des citoyens qui se mobilisent pour accueillir des réfugiés dans leur petite ville rurale. Discuter avec des parents qui s’inquiètent de la fermeture d’une école. Parler théâtre et littérature avec la directrice de la médiathèque. Passer une matinée à suivre des agriculteurs (encore) dans leur exploitation, de la traite des vaches aux soins des volailles et parler avec eux. Entendre leurs inquiétudes, leurs plans d’avenir, les petites histoires de la ferme.

Alors non, mon poste n’est peut être pas cette idée si prestigieuse qu’on peut se faire du métier de journaliste. Je ne fais pas d’interviews des puissants, je ne vais pas en zone de guerre. Mais je suis là. Au quotidien. Au plus près de mes lecteurs.

Et c’est peut être toute l’essence de la locale. A une époque, je me souviens que j’avais ajouté dans ma bio twitter #passiongens. C’est plus que jamais vrai. J’aime les gens, j’aime leur donner une voix. Et, malgré le découragement qui est parfois là, malgré l’impression de vivre dans un tourbillon qui ne s’arrête jamais, je continue.

Je ne perds pas de vue mes rêves de fiction. Dès qu’une idée pointe le bout de son nez, je m’empresse de la noter.

Il y a 10 ans, je me voyais devenir professeur. Enseigner. Transmettre des connaissances. Est-ce que ce que je fais au quotidien est si différent ? J’aime expliquer mon métier en disant que je dois être capable de tout expliquer sans rien connaitre. C’est exagéré, j’ai retiré une ou deux connaissances de tout ça quand même mais finalement, mes deux envies se sont rejointes : j’écris et je fais de la pédagogie. Aurai-je pû rêver d’un meilleur plan de carrière ?

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