Handicap : c’est si compliqué de faire un effort ?

J’ai conscience de me lancer dans un sujet hyper casse-gueule. Du genre, je risque de me planter à une phrase sur deux, voire toutes les phrases en fait…

Parce que je ne suis surement pas la personne la mieux placée pour parler de handicap. Après tout, je suis valide, mes organes fonctionnent plutôt correctement, mes membres aussi et la myopie n’est pas franchement un handicap (bon un coût certain, on parle du prix des lunettes ?).

Mon point de vue est donc celui d’une « fille de ».  Parce que mon père est handicapé, quasiment depuis toujours (il est devenu sourd à l’âge de 4 ans, suite à une longue maladie).

J’ai donc grandit en prenant en compte ce critère. C’est à dire que mon père, même s’il « lit » sur les lèvres, ne comprend ce qu’on lui dit que si on articule distinctement, en étant bien en face de lui. Et ça ne marche pas sur Skype.

J’ai donc longtemps vécu dans un monde de bisounours où le fait que mon père soit handicapé était normal (j’ai longtemps cru que TOUS les papas étaient sourds). Et puis, petit à petit, la réalité est venue me frapper en pleine figure. Beaucoup de gens n’ont jamais fait d’efforts pour communiquer avec mon père, même au sein de sa propre famille.

Mon père porte un appareil auditif.

C’est donc un « bon » sourd, il « fait des efforts ».

Mais il a effectivement des difficultés à communiquer parfois. Quand il y a plus de 3 personnes avec lui. Quand il y a un gros bruit de fond. Quand on ne lui parle pas bien en face. Quand la personne n’articule pas bien.

Du coup, les gens en face, qui ne font pas d’efforts (« et puis quoi encore ? »), finissent par « laisser tomber » (oui parce que déjà, ils ont adressé la parole à un handicapé, ils sont trop bons)…

Je crois que la première fois que cette attitude m’a vraiment frappée, c’était en 6ème. Mon collège organisait une kermesse et tous les élèves devaient aider à un stand pendant une heure. Mes parents étant impliqués dans la vie du collège, ils tenaient un des stands. Un garçon de ma classe devait être sur leur stand. Le lundi, retour en classe, une prof demande comment ça s’est passé. Et ce garçon lève la main. « Ben moi ça c’est pas bien passé parce que le père d’Hélène m’a pas écouté quand je lui parlais » Je l’interromps : « tu lui as parlé bien en face ? » « Ben je l’ai appelé j’étais derrière lui et il m’a pas répondu »

J’ai bien cru que j’allais lui arracher la figure. Ce qui m’a valu une réprimande de la prof, évidemment… Ah et avant qu’on me dise « mais il savait peut être pas », si, il savait, en faisant les groupes et en précisant avec qui chacun allait être le handicap de mon père était mentionné, ainsi que le fait qu’il fallait lui parler en face. Mais pourquoi faire attention ?

J’ai eu des conversations sur Twitter avec Aezeria, hier notamment, sourde également que j’ai trouvé très éclairantes (et qui m’ont donné envie d’écrire sur le sujet).

En fait, la plupart des gens ne sont pas prêtes à simplement manifester du respect et faire un minimum d’effort pour communiquer avec les personnes sourdes. Globalement, quand on y pense, on a un peu l’impression que personne ne veut prendre en compte le handicap de l’autre. Pour quoi faire ?

Mais je digresse.

Mon père, quand il a perdu l’ouïe, a aussi perdu la parole. Ben oui, comment parler quand on ne s’entend pas ? Une de ses oreilles n’entend rien du tout, l’autre très très peu (genre que les sons très graves et très forts). L’appareil lui permet d’entendre « un peu » mieux, mais il ne parle ni aussi fluidement ni aussi distinctement qu’un entendant.

Mais de quel droit le qualifier de « débile » parce qu’il n’arrive pas à parler correctement ? Ca me rends dingue. La surdité le prive déjà de beaucoup de choses : il ne peut pas trop aller au cinéma parce qu’il n’y a pas de sous-titres (et pas de VOSTFR dans notre campagne), le théâtre ok mais que si c’est une petite salle, qu’il est dans les premiers rangs et que ça gesticule beaucoup…

Pas de téléphone. Je peux vous dire que la jour où il a eu son premier portable et où il a pu envoyer des textos (et donc communiquer directement avec moi et mes frères) ça nous a changé la vie à tous.

Que dire de cette proposition de l’ANPE, quand il était au chômage, de le faire travailler en ETP (c’est à dire être payé environ ⅔ se salaire pour un travail sans intérêt) sachant qu’il était menuisier qualifié ?

Je pars un peu dans tous les sens, et ce n’est surement pas très très clair (ouais, je sais, comme d’habitude) et ça mériterait surement d’être plus creusé… Mais j’avais envie d’en parler. Si je suis totalement à côté de la plaque, n’hésitez pas à me le dire, si vous voulez des précisions sur certains points, idem.

J’avais juste envie de dire que le handicap ne fait pas de la personne un sous-citoyen, ça reste une personne, comme vous et moi. Et est-ce vraiment si compliqué de se rendre accessible ?

Publié par

lnleforestier

J'ai attrapé le virus de l'écriture il y a bien longtemps, depuis je n'ai jamais réussi à m'arrêter... et je suis même devenue journaliste !

7 réflexions au sujet de « Handicap : c’est si compliqué de faire un effort ? »

  1. « L’appareil lui permet d’entre « un peu » mieux, » je suppose que tu voulais dire « d’entendre » ^_^’

    sinon je suis d’accord avec toi, les personnes handicapées sont souvent considérées comme « débiles » simplement car on ne fait pas l’effort de prendre en compte leur handicap, quel qu’il soit…

    1. oui effectivement, entendre c’est mieux ^^

      oui, j’ai surtout parlé de la surdité parce que c’est ce que je connais le mieux, mais ça marche avec absolument tous les handicaps…

  2. Bhaaaa whoualaaaa alors je cumule quelques »handicapes » alors ….votre mot m a touchée étant née avec une malformation de l oreille interne et entendante très limitée en décibel et certains sons pffff inexistants … Et je juis plutôt grasse du cuissot et de parents immigres ds un pays plutôt …. Raciste ça fait pas mal de discriminations lorsque l on est enfant mais en tant qu adulte je m aperçois que le moindre dérapage hors « norme » est un handicape pour certains …. On ne change que difficilement les mentalités …. Bien à vous de suisse !

    1. En tant que privilégiée, ce n’est pas toujours évident de faire attention à tout ça, mais je m’efforce de faire attention. merci pour le commentaire 🙂

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