Les Malheurs de Sophie ou la persistance de l’oeuvre de la comtesse de Ségur

Mon amour pour l’oeuvre de la comtesse de Ségur remonte plus de 20 ans en arrière.

A l’époque, j’étais une petite fille qui aimait lire plus que tout (elle n’a plus autant le temps mais elle est toujours là), et rien ne me rendait plus heureuse qu’avoir un livre entre les mains. Un jour (3615 ma vie), j’étais avec mes parents invitée à diner chez une collègue de travail de ma mère. Or, cette collègue avait une fille âgée de quelques années de plus que moi et venait de faire un tri dans sa bibliothèque.

Seule avec quatre adultes, je m’ennuyais un peu, évidemment. Et quand on m’a présenté un carton de livres en me disant qu’il était tout à moi, je n’ai pas hésité. Et j’ai lu les Malheurs de Sophie, puis les Petites filles modèles et les Vacances et ainsi de suite. Aujourd’hui, je n’ai toujours pas lu l’intégralité de l’oeuvre de la Comtesse, parce que je n’ai pas forcément pu mettre la main dessus. Mais j’ai une grande tendresse pour ces livres.

La morale est parfois un peu datée, mais, dans l’ensemble, le message est plutôt positif : les enfants doivent respecter leurs parents mais il y a de l’espace pour découvrir la vie et expérimenter. Les méchants sont toujours punis à la fin mais ont une chance de se repentir. Les petits enfants pas sages le deviennent en grandissant et les enfants sages sont récompensés.

Ma tendresse pour la petite Sophie de Réan est revenue quand France 3 a commencé à diffuser ses aventures en dessin animé. Encore aujourd’hui, je regarde parfois certains épisodes que j’aime particulièrement.

L’adaptation de cette oeuvre majeure de la littérature enfantine (en fait des Malheurs de Sophie ET des Petites filles modèles) n’a évidemment pas échappé à mon radar. J’avoue que voir Christophe Honoré à la réalisation m’inquiétait un peu. Ce n’est pas vraiment le genre de films qu’il a l’habitude de réaliser, la dernière fois que j’en ai vu un, il s’agissait des Biens-Aimés je crois. Pas vraiment le même style que ma chère Sophie.

Alors, sans trop en révéler du film (du moins, on va essayer), je vais tenter de dire tout ce qu’il m’a inspiré.

Pour commencer, les personnages et, tout d’abord, Sophie. La petite qui a été choisie pour le rôle, Caroline Grant, est adorable. Elle a cette étincelle au fond des yeux qu’on attend de notre inventeuse de bêtises préférée. Les autres enfants, Paul, Camille, Madeleine et Marguerite sont eux aussi parfaits. Et à part quelques répliques un peu trop récitées (mais ce sont des enfants, on ne peux pas leur en vouloir), les dialogues passent bien.

Du côté des adultes, pas d’erreur de casting non plus. Muriel Robin est excellente dans le rôle de Mme Fichini. Et les narrateurs, Baptistin, joué par Jean-Charles Clichet puis Mme de Fleurville, par Anaïs Demoustier, brisent allègrement le quatrième mur pour notre plus grand plaisir. Je regrette qu’on ne voit pas plus Mme de Rosbourg, qui a un rôle essentiel dans les Petites filles modèles (et qui est joué par Marlène Saldana, que je ne connaissait pas mais je suis très heureuse qu’une personne grosse ait eu ce rôle).

La mise en scène apporte un côté un peu hors du temps au film. Il se passe dans un XIXe siècle un peu idéalisé, où la vie à la campagne est douce et sans vraiment de soucis. Les animaux sortent tout droit d’un dessin animé (littéralement) à part le chaton dont le sort n’est d’ailleurs pas résolu…

La musique joue son rôle aussi et, comme dans tous les films de Christophe Honoré, Alex Beaupain est aux commandes et apporte sa touche poétique. Les différentes partitions suivent les débuts de la vie de Sophie, insouciante, la période plus difficile, sous le joug de sa belle-mère, c’est presque un personnage à part entière.

J’ai versé ma petite larme pendant le film. Bon, d’accord, plusieurs fois. Parce que ce film retranscrit tellement bien les livres de mon enfance. J’ai retrouvé ma Sophie, mon Paul, mes petites filles modèles.

Quand on creuse un peu sur l’histoire de la Comtesse de Ségur (Sophie, de son prénom), on découvre aussi tout ce qu’elle a sans doute voulu mettre dans ses livres : sa mère, qui n’était vraiment pas tendre – elle mettait sa fille en chemise de nuit à l’extérieur pour la punir en plein hiver, en Russie – qu’on retrouve dans Mme Fichini, la mère qu’elle voulait être pour ses enfants, Mme de Fleurville, sa vie, isolée à la campagne pendant que son mari vivait la grande vie à Paris (et la trompait allègrement, mais ça, c’est une autre histoire). Cela dit, ce problème est résolu pour Mme de Fleurville, qui est veuve.

Bref, j’ai passé un bon moment. Je suis un peu triste de constater que certains enfants présents dans la salle (ou pré-ado) avait trouvé le film « nul ». J’ai l’impression que nous n’avons pas vu le même film. Mais moi j’ai retrouvé ma petite Sophie et j’en suis très heureuse.

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